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PAM Rewind : l'univers de mOma en 10 sons
© Kubic Cowboy

PAM Rewind : l'univers de mOma en 10 sons

Tous les mois, Cortega vous emmène à la rencontre d'un DJ ou producteur qui met l'Afrique et sa diaspora à l'honneur. Avec, en bonus, une playlist exclusive des 10 sons qui ont façonné son univers musical. Aujourd'hui, on commence avec DJ mOma.

Né au Soudan, mOma a grandi à Paris et dans le Queens (New York). Il incarne le DJ new-yorkais par excellence, puisant dans une grande variété de styles musicaux – hip-hop, RnB, afrobeats, dancehall, afro house, soca, amapiano et bien d’autres – les fusionnant en un tout cohérent. Ses sets sont un savoureux mélange de classiques et de nouvelles bombes pour les pistes de danse, entremêlés de perles moins connues collectionnées au fil de ses nombreux voyages. DJ très demandé, il passe le plus clair de son temps aux États-Unis, où il n’est pas rare qu’il traverse le pays d’est en ouest, avec un petit arrêt en Floride, au cours du même week-end. Véritable artiste panafricain, il a tourné sur le continent, de Dakar à Lagos et Nairobi, et vient de passer plusieurs mois à Johannesburg et Zanzibar. Il est depuis longtemps un champion de la musique africaine et diasporique en tant que membre fondateur du collectif Everyday People et par le biais des soirées Everyday Afrique, en collaboration avec ElectrAfrique et OkayAfrica.

Qu’est-ce qui t’a amené au deejaying ? Comment tout a commencé pour toi ? 

Ça sonne comme un cliché, mais c’est le deejaying qui m’a trouvé, comme beaucoup de gens de ma génération. Au début des années 90, nous étions fous de hip-hop, dont je suis tombé amoureux grâce à Public Enemy, et quelques années plus tard A Tribe Called Quest m’a confirmé que c’était le meilleur genre musical de tous les temps. Durant toute cette décennie, je me suis donc engagé dans cette voie sous une forme ou sous une autre. Avec Jig4life, mon crew du Queens, on s’est jeté corps et âme dans l’affaire, avant de perdre nos illusions quand cette forme d’art est passée de l’underground au mainstream. Alors, à la recherche d’une nouvelle passion, je me suis mis à plonger dans toutes ces musiques que le hip-hop samplait. Des sons des années 70, du jazz, de la funk, de la fusion, et je suis aussi rentré dans le broken-beat, le two-step et le garage qu’on entendait dans les soirées du Lower East Side. À l’époque je travaillais encore comme ingénieur la journée, et j’avais commencé à rassembler une collection de disques sans aucune intention de me mettre au deejaying. Mais un jour, un de mes amis m’a invité à jouer dans une soirée à Brooklyn. J’ai accepté mais j’étais terrifié à l’idée de me planter, donc je m’étais préparé jusque dans les moindres détails, y compris le pourcentage du pitch. Le set a bien marché et m’a valu une proposition de renouveler l’expérience tous les samedis à cet endroit. Je me suis vite rendu compte que ma fusion jazzy underground ne toucherait qu’un petit public, que je devais faire évoluer mes sets. Donc j’ai foncé sur Jamaica Avenue au Music Factory Store (un magasin de disques) et je leur ai demandé de me sortir tous les tubes du dancehall, tous les classiques du hip-hop, les morceaux de house devenus culte… et je suis sorti de la boutique avec 400 dollars de disques sous le bras, avec ce sentiment d’avoir rassemblé de quoi offrir de la musique festive accessible, et de qualité. Je me suis alors fixé comme objectif de réconcilier les disques de fête avec ma sélection plus underground. J’essaie de pousser les gens à la danse et quand ils commencent à bouger, je les amène de plus en plus loin dans mon sens, vers une musique qu’ils ont moins l’habitude d’écouter.

Quand as-tu commencé à jouer des musiques africaines dans tes sets ? 

Probablement deux ans après, vers 2005. Ma sœur aînée, Israa, qui est toujours ma plus grande fan (LOL), travaillait alors aux Nations Unies. Elle avait un cercle d’amis très international et elle a emmené ses copains à mes shows, et m’a emmené voir d’autres concerts, comme cette fameuse soirée du mardi qui s’adressait surtout aux Africains, baptisée Tapis Rouge… Spéciale dédicace à Étienne et Jean Claude Deyans, les vrais frangins africains de la nuit à Manhattan, que j’ai entendu ce soir-là jouer du coupé-décalé, et ça m’a retourné ! La production était moderne, utilisant des éléments de dance music, bien loin des musiques « folkloriques » d’Afrique qu’on pouvait entendre dans d’autres endroits. Ça m’a énormément inspiré et je me suis mis à jouer du Magic System, des chansons comme « Karolina » (Awilo Longmba) dans mes shows. Quand cette équipe de potes étaient dans la place, leur kiff créait une sorte de « peur de passer à côté » auprès des autres. Genre je jouais de la musique africaine que personne d’autre ne connaissait, et cette vingtaine de gens s’extasiait tellement que tout le monde finissait par suivre leur mouvement. 

À New York, je suis un peu la « poupée russe » des DJ africains. Les Soudanais entendaient parler de moi et voulaient voir ce DJ soudanais. Et très vite, les Somaliens, les Éthiopiens, les Érythréens se sont dit « Eh, il y a un DJ qui vient de la Corne de l’Afrique, allons voir ce que ça donne », suivis par les Kenyans et les Tanzaniens qui eux disaient « il y a un DJ d’Afrique de l’Est, allons-y ! »… et ainsi de suite. Avec le temps, la musique africaine s’est trouvé un public plus nombreux, quand est arrivée la vague afrobeats avec la sortie du titre « Oliver Twist » par D’Banj. C’est une chanson qui est rentrée dans la tête de tout le monde. Exactement comme « Premier Gaou » : je me suis rendu compte que c’étaient des chansons qu’on pouvait jouer n’importe où dans le monde. À partir de ce moment-là, l’afrobeats s’est mis à occuper le centre de mes sets, et j’ai aussi commencé à faire des expériences avec la musique sud-africaine, et d’autres sons comme le funanà du Cap-Vert, le kompa haïtien dans les soirées plus underground où j’officiais. Les choses ont basculé quand toi, moi et Ginny d’Okayafrica, nous avons créé les soirées Everyday Afrique en 2014. C’étaient des soirées pour tous ceux qui aimaient les musiques de la diaspora, et elles ont aidées à faire connaître un large spectre de musiques africaines. Parmi les évènements que j’ai organisés, c’est un de ceux que les gens attendent le plus. J’ai hâte que nous puissions les relancer après la pandémie.

© Kubic Cowboy

Tu viens de passer plusieurs mois en Afrique du Sud et à Zanzibar. Tu peux nous dire pourquoi, et nous raconter ce qui en est sorti ? 

À la fin du mois de février 2020, quand le monde entier a commencé à se rendre compte que cette histoire de Covid-19 était bien réelle, j’ai été me produire au Brésil. Je commençais à être inquiet pour ma santé et quand je suis rentré chez moi aux États-Unis, j’ai été stupéfait du peu de mesures qui étaient prises. Je me suis dit que si New York était aussi laxiste à ce niveau, qu’en serait-il dans le reste de l’Amérique ? Donc je n’ai pas perdu de temps et j’ai sauté dans un avion pour l’Afrique du Sud. J’ai juste eu envie de partir, j’adore l’Afrique du Sud. C’est sans doute l’endroit que je préfère, musicalement parlant, parce qu’ils sont en constante innovation. J’ai beaucoup d’amis à Johannesbourg donc la destination était évidente. Mais quelques semaines plus tard, le pays est entré dans un des confinements les plus rigoureux du monde, celui que j’aurais bien voulu voir appliquer aux States. Être confiné dans un hôtel était loin d’être idéal, mis je me suis servi de ce temps pour m’immerger dans la production. J’avais mon ordi portable, Ableton, un petit clavier, du wi-fi haut débit… et une imagination débordante. Au fond, c’est tout ce dont j’avais besoin. Et j‘ai trouvé sur Youtube, XDizzle, ce super producteur et ingénieur du son de Cape Town. J’ai bien aimé ses tutoriels et lu ai demandé s’il faisait du mix, et du mastering, et c’est ainsi qu’on s’est mis à travailler ensemble pendant les trois mois qui ont suivi. Ça a été une des plus belles rencontres que 2020 m’ait offertes, parce que j’ai appris des tas de choses en bossant avec lui, ce qui a abouti à un EP et à trois ou quatre remixes officiels. J’ai fini par faire une musique très influencée par l’amapiano et je dois à XDizzle de m’en avoir ouvert les portes, car il y a des choses que je n’aurais jamais trouvées tout seul.

Tu peux nous en dire plus sur cet EP de « mOmapiano » ? 

Oui. Le titre est un jeu de mot assez évident, et ce projet tombe à point nommé puisqu’il réunit rnb et amapiano. J’ai eu l’idée de le faire en écoutant « Love You Tonight » de MFR Souls (avec DJ Maphorisa, Sha Sha et Kabza De Small). Cette chanson sonne profondément amapiano, tout en s’ouvrant à un public beaucoup plus large, surtout grâce aux voix. J’avais envie de faire des chansons comme ça, et j’ai été touché par la réaction de mes potes sud-africains, qui ont trouvé que l’EP sonnait authentique et qu’en même temps, on sentait ma touche personnelle. Sincèrement, je pense que le fait de ne pas être sud-africain m’a plutôt aidé à prendre des libertés par rapport au genre. Dès le départ j’ai dit « laissez-moi faire à ma manière, créer quelque chose qui va plaire aux gens qui m’écoutent chez moi aux States ». Mais c’est vrai, le fait que les Sud-Africains l’apprécient, c’est un super bonus, et le meilleur des compliments que je pouvais espérer.

Tu t’es produit dans de nombreux pays d’Afrique. Comment tu t’adaptes aux différents publics ? 

Maintenant que l’afrobeats du Nigéria mène partout la danse, c’est devenu plus facile. Car partout en Afrique, tout le monde écoute Wizkid, Burna Boy, ou encore Tekno. C’est vrai même en Afrique du Sud, où l’amapiano a presque éclipsé les autres genres comme le gqom et le kwaito.
Aujourd’hui la musique voyage plus vite qu’elle ne l’a jamais fait, et les genres parviennent dans de nouveaux endroits. J’ai passé plusieurs mois à Zanzibar et j’ai été frappé de voir la quantité massive d’amapiano que jouaient les DJs locaux. Au demeurant, le Gqom résiste encore, comme le montre cette année l’immense succès mondial de « Jerusalema » par Master KG. N’oublions pas non plus « Yo pe » (d’Innoss’B), autre grand succès cette année, qui permet d’injecter (dans les sets) du coupé-décalé et de là, partir sur des sons classiques comme le soukous qui sont partout reconnus sur le continent. À côté des classiques africains, je dois aussi introduire des sons locaux dans mes sets. Habituellement, je passe du temps avec les DJs locaux pour faire provision de tubes de chez eux. Pas besoin d’en faire trop sur le côté local, deux sets courts de 15 minutes peuvent suffire à gagner la confiance du public. C’est comme s’il était reconnaissant qu’on respecte ses traditions et à partir de là, il vous facilite tout le reste. Une autre chose encore : toute l’Afrique aime le dancehall, et ça, ça aide. Et puis chaque pays a son faible pour les musiques internationales. En Afrique du Sud par exemple, quand tu as passé de la deep house, de l’amapiano ou de la Gqom, les gens aiment entendre de la pure soulful house, donc tu peux aller chercher dans tes disques les vieux sons de Chicago et de New York. Malheureusement, il y a peu d’endroits en Afrique où l’on apprécie la soca. C’est dommage, parce que l’effet de la soca à New York, Miami, Londres et Toronto dépasse celui de tous les autres genres. Elle produit une énorme énergie et ça relance complètement l’ambiance dans la salle.

Dernièrement, qu’est-ce que tu as mijoté dans ton studio qu’on aurait tort de rater ? 

À part l’EP mOmaPiano, j’ai des remix d’Adeline, Gaida et Projexx, et quelques autres surprises qui sont encore dans les tuyaux. Avec mon gars Guy Furious, on a fait la musique d’un podcast produit par Bas et le crew de Dreamville sur Bobi Wine et son épopée contre Museveni en Ouganda. À moyen terme, je profite de cette période particulière pour me plonger plus encore dans la musique. L’année 2020 a été un cauchemar pour tout le monde mais pour moi, elle a eu ce côté positif de me permettre de passer plus de temps que je ne l’avais fait sur la musique. Et je compte bien continuer ainsi au moins jusqu’à l’été prochain : on verra ce qu’il en sort. 

La sélection de mOma
Sade – Nothing Can Come Between Us

Je me souviens d’avoir vu cette video pour la première fois quand j’avais onze ans, et avoir pensé « comment quelqu’un peut-il avoir autant de style, de beauté et de grâce à la fois ? Wow, elle doit venir du futur ! »

Burna Boy — Ja Ara É 

Que personne n’en prenne ombrage, mais dans la BO du film Black is King, la chanson que je préfère qui porte le moins est celle qui porte le moins la marque de Beyoncé. En fait ce morceau rivalise avec le légendaire « Ojuelegba » de Wizkid, comme ma chanson d’afrobeats préférée de tous les temps.

DJ Xclusive — Jeje (feat. WizKid)

Bizarrement, je ne vois pas beaucoup de DJs qui le jouent, mais ce morceau fait vraiment partie de ma selection de base. Je pense que je le joue a toutes mes soirées, et il marche à chaque fois… le meilleur de Wizkid !

Tekno — Duro

De mon point de vue, c’est une des compositions d’afrobeats les plus sophistiquées. Elle est simplement parfaite.

Osunlade — El Musica (feat. Mamosadi KB)

C’est mon disque de dance préféré, toutes époques confondues… et un des titres les plus intemporels jamais faits. Là encore, une composition musicale parfaite.

Mi Casa — Magalenha

La version originale de Sergio Mendes est sublime. C’est aussi l’une des chansons les plus reprises — avec un résultat pas très heureux, la plupart du temps — mais le groupe Mi Casa y a vraiment ajouté sa touche personnelle et elle fait mouche à chaque fois que je la joue.

Luedji Luna & mOma+Guy — Banho de Folhas Remix

Je pourrais écrire un livre entier sur cette chanson, mais je me contenterai de dire que Luedji Luna est l’une des artistes dont je suis instantanément tombé amoureux la première fois que j’ai mis pied à Salvador de Bahia (Brésil). Je lai d’abord entendu jouer son classique « Banho de Folhas » là-bas. Un an plus tard, avec Guy nous l’avons remixée et jusqu’à ce jour, c’est une des mes productions personnelles préférées.

Dvine Brothers — Dancing (feat. Lady Zamar) (De Mogul SA Remix)

Une bombe d’afro house pleine de soul qui a été bien trop sous-estimée. Pourtant, je la joue régulièrement et elle emballe toujours mon public !

MFR Souls – Love You Tonight (feat. DJ Maphorisa, Sha Sha & Kabza De Small)

Avec un son unique, c’est un des disques africains les plus originaux de ces dix dernières années. Futuriste, soulful, et d’une parfaite composition. Inspiré, et inspirant ! Pour la petite histoire, mon pote Eli Escobar avec lequel j’anime à New York les soirées Dance Dance Dance me demande toujours : « comment se fait-il que ce morceau commence sur le premier temps par un coup de caisse claire plutôt que par un kick ? »

Kabza De Small & DJ Maphorisa – Alalahi (feat. Bonte Smith & Vyno Miller)

Curieusement, ce morceau n’a pas vraiment marché en Afrique du Sud. Mais dans le genre amapiano, c’est un de ceux que je préfère. Il marche du tonnerre partout où je le joue, sauf en Afrique du Sud LOL.

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